Stage de survie dans les Pyrénées

Stage survie

Crédit photo Philippe Charles

Voici un retour sur un stage survie de 4 jours que j’ai effectué dans les Pyrénées avec l’organisme Invictus France.

Créé il y a 3 ans par Philippe Charles, ancien sous-officier, éducateur sportif,  guide de haute montagne diplômé d’état. Invictus France propose plusieurs stages à thèmes de 2 à 5 jours permettant de s’initier et de se perfectionner aux techniques de vie et de survie en pleine nature.

Pour ma part c’est sur le stage « Itinérance Buschcraft et survie » dans les Pyrénées que mon choix s’est porté.

Le terme bushcraft signifiant art de la brousse est l’art de vivre dans les bois. Ce stage propose donc d’apprendre et de s’entraîner aux techniques de vie en milieu naturel.

Bien que le stage soit itinérant nous n’avons pas beaucoup marché. L’itinérance du stage étant plus un prétexte pour monter plusieurs fois son camp, permettant ainsi de perfectionner ses techniques tout en apprenant des erreurs faites la veille. Le fait de faire un peu de marche permet également de se rendre compte de l’importance de réduire au maximum le poids du sac tout en optimisant son contenu.

Jour 1

Arrivée à Quillan où nous rencontrons Philippe, son chien Irkan ainsi que les membres du groupe qui passeront 4 jours dans la montagne avec nous. Le départ se fait en 4×4 pour rejoindre le point de départ du stage, un peu avant le parking de l’étang de Quérigut. Philippe nous fait un briefing sur le déroulement du stage. Il nous explique qu’un vrai stage survie n’existe pas, la survie n’étant qu’un cas extrême qu’on ne peut simuler. Il poursuit en expliquant que durant ce stage, il nous prodiguera des conseils pour éviter de se retrouver dans ses situations de survie et nous enseignera les réflexes à avoir dans le cas où nous nous retrouverions en situation dégradée.

Vient l’heure de faire le tri dans nos sacs afin d’éliminer le superflu et d’en réduire son poids. Philipe nous apprends la règle des 7C, permettant de vérifier si notre sac contient le nécessaire à la vie en milieu naturel. (se couvrir, contenant, couteau, corporelle (alimentation, hygiène, soins), cordelette, communication, combustion). Exit la brosse à dent, le chargeur solaire, la go pro, les vêtements de rechange, le déo. Nos sacs ne contiennent désormais que le nécessaire à la vie dans les bois : duvet, tarp (grande bâche), gourde, nécessaire de cuisine, firesteel, boussole, couteau, couverture de survie, poncho, polaire, cordelettes, sifflet, bougies ainsi que nos provisions. Nous répartissons également entre les membres du groupe une hache, une scie ainsi qu’une pelle.

Nous prenons notre premier repas ensemble, puis Philipe commence à nous faire un petit cours de topographie. Il nous explique comment lire une carte, comment l’orienter et comment reporter des coordonnées GPS sur celle-ci. Nous apprenons aussi à utiliser une boussole, pas seulement comment trouver le nord mais comment suivre un cap et comment s’orienter grâce à celle-ci.

Nous coupons tous nos portables. En effet en montagne ou en pleine nature la batterie doit être préservée : c’est une application des 7C, celui de communiquer (il serait bête de ne plus avoir de batterie en cas de problème).

Nous quittons le 4×4 et nous nous enfonçons dans les bois.

Crédit photo Philippe Charles

Nous marchons une petite heure dans la forêt, Philippe répond à nos questions, nous explique comment garder un cap, nous montre quels champignons sont comestibles, commence à nous expliquer les signes permettant d’anticiper les changements de météo.

Nous trouvons une clairière et nous nous arrêtons.  Philippe nous explique ce qu’est la castramétation (analyser le terrain pour trouver un endroit où établir notre camp et construire nos abris, prendre en compte l’orientation au vent, les ressources à disposition, eau, bois,…). Pour cette première nuit nous avons la consigne de construire, en binôme, un abri « naturel », sans utiliser de tarp ni de cordes. Nous trouvons deux troncs d’arbres tombés. Nous les utilisons pour faire l’ossature de notre abri, nous coupons quelques branches, arrachons de la mousse et en recouvrons notre abri. Il nous semble assez solide pour y passer la nuit.

 

Abris naturel le premier soir . Crédit photo Philippe Charles

Nous rejoignons le reste du groupe pour manger. Nous recevons un cours sur le feu : les différentes choses dont ont a besoin pour faire un feu (amadou pour capter une étincelle, starter pour transformer cette étincelle en flamme, combustible et oxygène). Philippe nous explique quels combustibles choisir pour qu’il démarre bien, quel bois ramasser, comment l’architecturer. Faire un feu en pleine nature, même avec un briquet, n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît.

Nous prenons notre repas et veillons autour du feu avec le reste de l’équipe puis allons nous coucher.

La nuit est difficile, je n’ai pas l’habitude de dormir dehors, l’abris n’est pas très confortable. Ne pas être dans un endroit clos s’avère plus dérangeant que ce à quoi je m’attendais. On se sent à la merci des éléments qui nous entourent. Il fait froid (je pense que la nuit la température approchait les 0 degrés). Le spot que nous avons choisi est mal orienté et le vent passe entre les branches de pin. De plus le terrain en pente nous fait glisser.

Jour 2

Nous nous réveillons après une nuit hachée, un peu en vrac avec des douleurs un peu partout, pas l’habitude de dormir sur le sol. Nous allons prendre le petit déjeuner et rempaquetons nos sacs. Il nous faut désormais trouver de l’eau. Nous marchons une trentaine de minutes puis trouvons un ruisseau. Philippe nous explique où prendre notre eau,  puis nous enseigne comment filtrer et décontaminer l’eau, et quel matériel utiliser. Nous allumons un feu, mangeons et repartons à la recherche d’un nouveau spot ou établir notre camp. Chaque marche est l’occasion d’apprendre des choses sur les végétaux qui nous entourent et de ramasser des choses qui pourraient nous servir plus tard.

Après une petite marche nous trouvons un endroit où établir notre campement.

Cette fois-ci nous avons pour consigne de construire un abri collectif avec le matériel emporté (tarp, corde, tapis de sol, …). Nous aplanissons le terrain, posons de la mousse pour le rendre plus confortable. Phillippe nous apprend différents nœuds pour tirer des faitières et y accrocher no tarps. Nous fabriquons des piquets pour les tendre. Certains d’entre nous ramassent du bois pour le feu et d’autres construisent un réflecteur pour que la chaleur du feu réchauffe notre abri. Pendant que nous nous affairons à construire l’abri, Philippe passe voir chacun de nous, nous donne des conseils sur la façon d’utiliser les différents, outils, hache, scie, couteau, pelle, corrige la façon dont nous faisons nos nœuds et nous donne divers conseils.

Construction de notre deuxième abri. Crédit photo Philippe Charles

Abri collectif, deuxième soir. Crédit photo Philippe Charles

A chaque repas nous nous entrainons à démarrer le feu de différentes manières, avec un briquet ou un firesteel, ainsi qu’avec différents combustibles. Chaque repas et chaque veillée sont l’occasion pour Philippe de nous apprendre une multitude de techniques et d’astuces sur la vie en pleine nature, sur le matériel, sur les différentes manières de faire du feu, sur la météo, sur les plantes comestibles ou non, sur les différentes utilisations que l’on peut en faire.  Il serait impossible de retranscrire ici tout ce que j’ai appris durant ce stage tant Philippe nous a apporté.

Le soir après avoir allumé le feu, nous préparons une pâte à pain que nous faisons cuire sur les braises. Pour nous brosser les dents nous taillons une branche de pin et  nous fabriquons un « dentifrice » avec des cendres mélangées à de l’eau.

Jour 3

Nous continuons notre chemin, rattrapons le chemin de Grande Randonnée qui mène à l’étang de Quérigut. Après 30 mn de marche nous arrivons sur l‘étang. Le paysage est magnifique. L’étang est bordé par une forêt de pins et de bouleaux. Les montagnes l’entourent, l’eau est claire, le ciel est bleu. L’endroit a un petit air de Canada. Nous posons nos sacs et faisons le tour du lac. Puis Philippe nous propose un atelier où l’on fabrique un cadre pour une lame de scie.

Crédit photo Philippe Charles

Crédit Photo Philippe Charles

Pour notre dernière nuit nous avons pour consigne de construire un abri individuel comme nous le souhaitons. J’essaye de me souvenir des conseils de Philippe. Je choisi un endroit plat entre deux troncs d’arbres tombés. Je tends une faîtière entre deux arbres et y accroche mon tarp, puis le tend pour qu’il m’abrite du vent. Je coupe quelques branches de pins et arrache de la mousse afin de boucher les quelques ouvertures qu’il reste.

Autour du feu nous fabriquons du savon en faisant fondre de la résine de pain que nous avons récoltée, résine que nous mélangeons avec des cendres. Nous laissons ensuite le mélange « séché » sur le feu. Nous obtenons une sorte de pâte avec laquelle nous nous lavons les mains.

Savon (cendres et résine de pin)

Nous mangeons autour du feu, près du lac, à près de 1900m d’altitude. Il fait froid et le vent souffle beaucoup. Nous nous prenons la fumée dans les yeux toute la soirée. Après avoir veillé tout en discutant près du feu, chacun regagne son abri pour passer sa dernière nuit au milieu des bois.

Jour 4

Nous nous levons et déjeunons. Le cours du matin porte sur sur la chasse. Nous apprenons que la chasse est une activité coûteuse en calories. Philippe nous explique qu’il faut privilégier des activités qui gaspillent moins d’énergie comme la cueillette, les petits insectes et la pêche avant d’envisager la chasse. Philippe nous l’explique depuis le début du stage: « le survivant est un feignant ». En situation dégradée, il faut économiser sa force et son énergie.  Avant de passer à la réalisation d’un piège, il nous explique qu’il faut adapter son piège aux animaux présent dans le biotope et repérer leurs lieux de passage. Il nous montre ensuite comment élaborer un piège assommoir avec une grosse pierre, 4 bâtons, et un bout de ficelle. Le concept est simple mais trouver l’équilibre pour installer le piège s’avère plus compliqué.

Piège assommoir . Crédit photo Philippe Charles

Nous quittons ensuite l’étang. Sur le chemin Philippe nous redonne un petit cours de topographie. Il nous explique comment nous situer sur une carte grâce aux éléments qui nous entourent, à calculer notre position grâce à l’altimètre et à un repère visuel, comment se faire une représentation 3D du terrain en analysant les courbes de niveau sur la carte. Il nous explique également comment trouver un endroit précis lorsqu’il n’y a pas de visibilité.

Nous regagnons ensuite le 4×4 où nous partageons notre dernier repas ainsi que nos impressions sur le stage.

Conclusion

Pour ma part, j’ai trouvé que ce stage est une très bonne initiation aux techniques de vie en pleine nature. Le contenu est très complet même s’il faut beaucoup de pratique pour maîtriser toute les techniques et astuces. Philippe est une véritable encyclopédie de la vie en milieu naturel, toujours de bonne humeur il répond avec patience à toutes vos questions.  Les paysages rencontrés sont également magnifiques. Se retrouver 4 jours dans de tels endroits apporte un vrai bol d’air et un sentiment de liberté incroyable. Retourner à la vie citadine est compliqué après une telle expérience. Durant c’est 4 jours nous avons passé la quasi-totalité de notre temps à tenter de répondre à nos besoins primaires: manger, boire, se protéger du froid et dormir. Pourtant à aucun moment je ne me suis ennuyé. Manger, avoir chaud, boire et manger, des choses qui paraissent anodines aux quotidiens prennent une autre dimension. On retire une certaine fierté à réussir à combler ces besoins soi-même, en pleine nature.  Chaque petit succès procure une sensation de joie et de satisfaction. On se déconnecte et se recentre sur des choses simples.  Après une telle expérience, je me sens beaucoup plus autonome et confiant à l’idée de passer du temps en pleine nature, et donc plus libre de partir, randonner ou bivouaquer.

Pour plus d’informations sur l’organisme et sur les stages proposés voici le site internet d’Invictus :  www.invictus-france.fr

Crédit Photo Philippe Charles